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"Politique et exercice de la langue sous les premiers Bourbons: les conflits de pouvoir et la question de la norme dans la première moitié du XVIIe siècle".

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A l’intérieur même d’un registre de langue présumé homogène et jusque dans un même idiolecte, à l’exclusion de toute recherche d’effet stylistique particulier, des phénomènes de variation morpho-syntaxique sont à l’œuvre . On reste dans le même standard mais des patrons sont en variation les uns avec les autres. Ceci provient du fait qu’un idiome n’est pas seulement un plurisystème du point de vue géographique et social mais aussi chronologique, c’est-à-dire que des règles contradictoires peuvent coexister, règles qui correspondent au chevauchement, à l’intérieur d’une pratique linguistique donnée, de systèmes en coexistence. Mais il arrive qu’une génération précipite certaines évolutions lentes qui laissent sur des décennies coexister des paires ou des triplets de formules concurrentes. Alors on est habilité à placer là une sorte de frontière linguistique.

Dans le cas du français classique, un phénomène de ce genre s’est apparemment produit (si notre regard rétrospectif n’est pas faussé) sur un ensemble concentrique de décennies dont l’axe serait selon moi 1620-1630 . La question de savoir pourquoi une génération de gens de plume innove davantage que ses prédécesseurs est une question complexe.

On peut toutefois discerner dans l’écheveau des causalités une rupture assez grave de consensus dans l’équilibre relatif des pouvoirs dans la France des premiers Bourbons : nous savons désormais quelles pressions graves le pouvoir a exercées sur son Parlement de Paris pour lui interdire toute velléité d’opposition et le cantoner dans son domaine traditionnel d’instance judiciaire. Les retombées de cette situation sont innombrables : la parole se trouve comme dégagée de la philosophie et de l’éthique de cette classe sociale qui jouait un rôle modérateur sur l’évolution de la norme. Elle perd un frein important provenant de la langue judiciaire. Elle s’émancipe et s’abandonne à une sorte d’hédonisme général , c’est-à-dire qu’elle ne se sent plus contenue à l’intérieur d’une vision du langage considéré comme véhicule docile et subordonné d’une vérité à dire. Ce n’est pas un hasard si sur une seule décennie éclatent successivement l’affaire Théophile, puis l’affaire Balzac et enfin l’affaire Corneille.

Au milieu de ce climat de « sécularisation » de l’écriture, le pouvoir joue un rôle intelligent qui consiste à protéger parfois les écrivains des attaques qui leur sont faites par le milieu dévôt pour les enrôler à son service. A partir de là le langage deviendra moins un véhicule de la vérité qu’un sésame, c’est-à-dire un signe de reconnaissance sociale , un lieu de discrimination et donc corrélativement un instrument de promotion sociale riche en codes.

On peut penser alors que tous ceux qui cherchent à vivre de leur plume et, plus généralement, ceux qui veulent faire fortune auprès du pouvoir central, vont surveiller leur paraître linguistique au même titre que leur paraître social. Les conditions sont alors réunies pour qu’un processus de mimétisme puissant se mette en place. “

This talk is part of the French Linguistics Research Seminars series.

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